“Je suis venue pour six mois à Alençon et finalement j’y suis restée, 29 ans, presque jour pour jour.
J’y ai connu beaucoup de grands bonheurs professionnels, partagés avec les élus et les Alençonnais.
Je n’ai pas l’intention d’établir une liste exhaustive, cela serait fastidieux, mais de ne retenir, avec une certaine nostalgie tout de même, que quelques moments forts.
Des événements, plus ou moins aventureux, aux résultats incertains, qui m’ont privée de quelques nuits de sommeil.
A commencer par ce « drive-in Alençon », sous la pluie, les spectateurs assis dans leur voiture, les essuie-glaces en action, visualisant le film « Cyrano de Bergerac », dont les images s’inscrivaient sur la façade de l’Hôtel de ville, tandis que le son leur parvenait via l’autoradio (avec William (de Stoppeleire) nous avions réussi à faire passer le son sur les ondes de NFM).
Ce fut, (selon l’engueulade que j’ai prise au téléphone de la part du directeur de la police de l’époque) l’occasion de vivre le plus gros embouteillage connu du centre-ville !!! (A inscrire au Livre des records).
Balayés les doutes sur la faisabilité, les angoisses, à la seule vue des mines réjouies des alençonnais quittant la place Foch, vers minuit. Le pari, « osé », était gagné. Ils en redemandaient.
Il y eut le prologue du Paris-Moscou-Pékin, trois « Tour de France », les « Vœux du maire » au parc Elan, les 20, puis les 30 ans du district, le 50e, puis le 60e anniversaire de la Libération et les 650 anciens de la 2e DB présents…
Ce moment de grâce, lorsque Maurice Schumann a relu le texte qu’il avait écrit et lu sur les ondes de la BBC, 50 ans plus tôt, décrivant la libération d’Alençon dont il avait été acteur et témoin visuel…
Les 5000 personnes présentes aux promenades, après l’orage dispersant les invités, le soir du 60e, pour une fête mémorable… les Bals du 14 Juillet, et les Feux d’artifice, etc…
« Musique en chœurs », durant 10 ans et cette convivialité partagée entre les alençonnais autour du chant, de tous âges et de toutes conditions sociales.
Je me souviens des enfants, me désignant dans la rue à leurs parents en disant : « c’est la dame de Musique en chœurs ! ». Tout était dit.
Une manifestation voulue par Alain Lambert, que j’ai accepté de mettre en musique. Naïvement, j’avais pensé, si c’est une initiative du Président, j’aurai les financements. Un souci en moins. Que nenni !
Il m’a dit : « justement nous allons donner l’exemple. Vous chercherez les moyens supplémentaires auprès du secteur privé ».
Christine Roimier et moi même avons fait le tour des entreprises et avons su convaincre nos interlocuteurs. Merci à eux pour la confiance et la qualité des relations durant toutes ces années. Ils se reconnaîtront.
Comment oublier ces moments magiques, ce silence des 3000 spectateurs sous le charme de Dee Dee Bridgewater, de l’Ultima récital, de Chanson plus bi fluoré, du Chœur de l’Armée française, de La cappella de Tuchini, du Chœur Ribyne de Moscou, des Pages et des Chantres de Versailles, d’ Artie Shaw, des Polyphonies corses, ou bien encore la création de l’opéra pour enfants « Atchafalaya »…
Vint le temps des grandes expositions, préfiguration à une « biennale d’Alençon d’Art contemporain »…
Toutain (60000 visiteurs) qui irradia la ville d’une atmosphère de gaieté tout l’été…
Josepha ( 28000 visiteurs) Je ne la remercierai jamais assez d’avoir accepté d’exposer pour la première fois dans un lieu public et d’avoir choisi de le faire à Alençon…
Derbre ( 23000 visiteurs) et le pari fou de réaliser « Le prophète », sans doute l’œuvre de sa vie, pour le parc des promenades…
Le petit printemps japonais….
Et puis
« La Pensée en Question » la petite entreprise de questionnement comme j’aime la dénommer. Pas une suite de conférences, un vrai concept, un énorme pari sur l’intelligence du public, sa soif de connaissances…
La liste est longue en 13 années des intervenants prestigieux, des pages et des pages de souvenirs… du travail aussi pour essayer d’être à la hauteur.
De tout mon parcours, « La Pensée en Question » restera « la chose » la plus intelligente qui soit, je crois. Je n’ai pas renoncé à lui donner un avenir.
Je ne peux faire l’impasse sur « Les Papous dans la tête »…preuve s’il en fallait que l’on peut se divertir, en se cultivant. Un chef d’œuvre d’humour, de créativité, d’esprit, d’intelligence, de culture…Une salle pleine à craquer, des auditeurs venus de Belgique, de Suisse, de toute la France…
Ce fut aussi une promotion pour la ville exceptionnelle que ces 4H 30 d’antenne sur France Culture consacrées à la ville d’Alençon…
Je ne regrette rien des difficultés, des heures passées, de la tension et des critiques inévitables. Je m’en moque.
Tout cela n’a pu être conçu, mis en oeuvre sans l’appui, le soutien, la volonté d’Alain Lambert, de Christine Roimier, de Jean-Claude Guérin et de quelques autres…Sans confiance, sans travail d’équipe (élus et fonctionnaires), sans liberté d’initiatives, ces événements culturels n’auraient pas tous pu voir le jour. Merci aux collègues venus en renfort, à chaque appel et à mes collaboratrices, Myriam et Annie.
Rendre accessible la culture, la faire partager au plus grand nombre, sans jamais sacrifier à la facilité, à l’exigence de qualité, fut ma seule ambition professionnelle. Cela oblige le maître d’œuvre à faire preuve d’imagination, de pédagogie, mais c’est bien le moins que l’on puisse demander à ceux qui font profession de transmettre, de faire partager, de faire vivre la culture.
Ma carrière professionnelle officiellement s’achève mais je l’espère, pas ma vie. Je vais continuer, sous d’autres formes peut-être, inlassablement, à faire partager ma passion pour l’art et pour la vie.
Merci aux alençonnais qui m’ont rendu au centuple, par leur présence à nos rendez-vous, et leurs témoignages, toute l’énergie que j’ai déployé à les servir.
Au revoir.
Marie-France COMTE (directrice du service Animation-Promotion de la ville d’Alençon. Blog : comte.zevillage.org)
“Je suis venue pour six mois à Alençon et finalement j’y suis restée, 29 ans, presque jour pour jour.
J’y ai connu beaucoup de grands bonheurs professionnels, partagés avec les élus et les Alençonnais.
Je n’ai pas l’intention d’établir une liste exhaustive, cela serait fastidieux, mais de ne retenir, avec une certaine nostalgie tout de même, que quelques moments forts.
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