Celui qui préside l’Assemblée départementale depuis 1993 vient d’adresser sa lettre de démission. Explications.
Conseil général de l’Orne
G. Burel démissionne de la présidence
Celui qui préside l’Assemblée départementale depuis 1993 vient d’adresser sa lettre de démission. Explications.
Pourquoi démissionnez-vous ?
«Agé de bientôt 73 ans, je vais honorer une règle que je m’étais toujours fixée, celle de ne pas solliciter de nouveaux mandats après 70 ans.
Qu’on le veuille ou non, l’érosion physique et mentale est là. Personne n’y échappe. Et je ne veux pas laisser de moi une image dégradée”.
Vous auriez pu rester président jusqu?en mars?
«Je veux éviter une atmosphère de fin de règne, avec perte de crédibilité. Il m’a semblé nécessaire que mes collègues et moi puissions désigner un nouveau président qui aura alors toute l’autorité et toute la légitimité pour assurer la présidence d’ici mars et ainsi préparer cette échéance qui verra le renouvellement de la moitié de l’assemblée départementale. Il faut avoir l’autorité pour arbitrer des combats dans chaque canton. A droite, les choses se passent souvent plus mal qu’à gauche”.
Qui va vous succéder ?
“La majorité va se réunir et je vais demander qui veut être candidat. Je souhaite qu’il y ait publiquement un seul candidat et que mon successeur soit élu avec une belle majorité, c’est-à-dire au moins 30 voix. Il ne faudrait pas que la gauche arbitre?”.
Parlez-nous de cette présidence?
“C’est stressant. Un Conseil général ne se manipule pas comme un conseil municiipal. Pour moi, ce fut un plein temps”.
Le Conseil général en 1970, c?était quoi ?
“Avant la décentralsation, c’était plutôt paisible. L’exécutif, c’était le préfet. Financièrement, on se portait bien. Les principales discussions, c’était les routes et le chemin de fer.
Puis il y a eu la décentralisation. Une administration départementale a été créée, qui doublait celle de l’État (qui n’a supprimé aucun emploi)”.
Et en 1993 ?
“La dette représentait l’ensemble des recettes de fonctionnement, à cause d’un surinvestissement et de trop de promesses aux communes. J’ai dû peigner le budget de A à Z”.
Et aujourd?hui ?
“La situation est très bonne”.
Vous n?avez pas augmenté la pression fiscale départementale depuis cette époque. Comment faites-vous alors que tous les autres départements le font ?
“C’est certainement dû à une gestion serrée, rigoureuse. On subventionne moins les communes qu’avant. Et la trésorerie fait l’objet d’une gestion serrée”.
Selon l’opposition, c’est dû à de moindres investissements?
“Faux ! Regardez donc nos comptes administratifs. Même si on souhaiterait investir encore davantage”.
Que disent de vous vos collègues ?
“Que je suis un excellent gestionnaire. Mais je n’ai aucune passion pour la gestion. Vétérinaire, j’étais loin de tout ça. Mes collègues plus proches disent que je suis un président bâtisseur”.
En 38 ans, quels collègues vous ont marqué ?
“Hubert d’Andigné, cela va de soi. Mais aussi Michel Bruguière, belle machine sur le plan intellectuel. Et Guillaume de Courson, grand président de la Commission des Finances : si le Département a eu des soucis, ce n’est pas à cause de lui. Jacques de Malglaive connaissait bien ses dossiers?”.
Et du côté des opposants ?
“François Doubin, intellectuellement brillant. Quelqu’un de grande classe. Actuellement, j’apprécie notamment Jean-Louis Carpentier, mesuré, honnête”.
Désormais, comment vous allez vous occuper ?
“Rentrer chez moi, mettre de l’ordre dans mon bureau. Lire. Profiter davantage de la vie, être davantage avec mes enfants et petits-enfants. Voyager, marcher”.
L’Orne, c’est d’abord la campagne ou la ville ?
“Il faut maintenir une juste harmonie”.
Un mot sur la situation économique ?
“La situation est meilleure qu’en 1993. Le chômage diminue. S’il y avait la croissance, on serait heureux”.
Des flops ?
“La vignette automobile. Nous avons baissé nos tarifs quand le Gouvernement PS l’a supprimée. Depuis, l’État rembourse mais sur la base du dernier tarif? Les gagnants sont les départements qui étaient les plus chers.
D’autre part, je voulais modifier les statuts du Syndicat Départemental de l’Eau afin d’harmoniser les prix de revient de la production d’eau potable et de créer une interconnexion entre les réseaux. Les Flériens ont torpillé le projet”.
Votre sentiment à l’heure de partir ?
“J’éprouve un peu de mélancolie et uun pincement au coeur”.
JMF
Alain Lambert assure l’intérim,
et demain la présidence ?
Actuellement premier vice-président, et ce depuis son retour au sein de l?assemblée départementale en mars 2004, Alain Lambert va assurer l’intérim avant l’élection d’un nouveau président, «dans les prochaines semaines».
Que pense-t-il de la décision de G. Burel ? «Je salue la décision courageuse du président Burel qui marque ainsi sa volonté de placer l’avenir en tête de toutes ses priorités. Il reste le chef de notre majorité départementale. Sa sagesse et son expérience nous seront très utiles”.
Sera-t-il candidat à la présidence ? “J’écouterai ses précieux conseils. L’unité de la famille départementale à la veille des élections cantonales et municipales sera sa plus grande force. Il lui appartient de se choisir un président ? qui, en tout état de cause, sera élu pour 3 mois !».
Il est évident qu’A. Lambert ne se contentera pas d’assurer l’intérim. A 61 ans, il sera candidat à la présidence du «CG 61». Il fait partie des “possibles”, comme quelques autres tels Gilles de Courson, Patrick Mussat, Christophe de Balorre? (Albert Debotté aurait pu faire partie de cette liste mais il ne se représentera pas).
Pour A. Lambert, ce ne sera pas son premier essai. Il l’avait été en mars 1992, recueillant une dizaine de voix. Cette année-là, face à Hubert d?Andigné, il savait que le combat était perdu d?avance mais avait néanmoins voulu marquer sa différence. Depuis, il a dû apprendre la patience.
Rappelons-nous que c’est G. Burel qui, en 2004, a invité A. Lambert, alors au Gouvernement, à revenir au Conseil Général, avec, semble-t-il, une perspective de présidence. Ce qui a obligé mécaniquement A. Lambert (reprenant, à l’arraché, un siège à la gauche alors à marée haute) à quitter le conseil municipal d’Alençon, ce qui ne fut pas compris de tous ceux qui l’avaient royalement réélu un an plus tôt à la mairie d’Alençon.
Depuis plus de trois ans, Alain Lambert s’est fait discret au sein de l?assemblée départementale, sans doute pour ne pas heurter une tradition et ne pas froisser des collègues. Cette année, Gérard Burel lui a confié deux dossiers importants : la mise en place du projet pour l’Orne à l’horizon 2020, et la convention de partenariat avec le Conseil Régional votée vendredi 30 (lire par ailleurs). Deux dossiers votés à l?unanimité. Etait-ce un test ou un signe du président sortant ?
Le scrutin (avec un vote à bulletins secrets), qui devrait intervenir avant le svacances de Noël, sera intéressant à suivre. Lambert fera-t-il le plein des voix, soit 34 sans compter la sienne ? On sait que certains élus de zones rurales rechignent à voir un «urbain» présider le Conseil général. Quelle que soit l’étiquette politique du maire, qu’il s’appelle Cren Mauger ou Lambert, Alençon n’a pas toujours été aimée au Conseil général, une assemblée où la vision reste parfois trop souvent cantonale. Un temps révolu ?
JMF